Chaque semaine de cette retraite de Carême, nous rencontrons une personne inspirante qui nous raconte son parcours de conversion écologique. Nous cherchons aussi à comprendre en quoi sa foi chrétienne soutient son engagement pour un monde plus juste et plus respectueux de la terre et de ses habitants. Nous écoutons d’abord, et puis nous prenons un temps d’intériorité pour laisser son témoignage faire écho en nous.
Deux versions de l’interview sont disponibles, une version raccourcie, et une version plus longue :
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Bonjour Michel et Hélène, Vous êtes un couple mixte catholiques et protestants. Vous êtes parents de cinq enfants et habitants de Mulhouse depuis plus de 30 ans. Câest dâailleurs là , dans votre appartement, quâon est venu vous interviewer et vous visiter.
Vous êtes tous les deux enseignants, mais avait par ailleurs toujours eu un engagement associatif très fort dans de multiples associations, notamment au MAN, le Mouvement pour une Alternative Non-violente. Est-ce quâen guise dâintroduction, vous pourriez peut-être nous raconter un peu votre parcours, non seulement de conversion écologique, mais peut être aussi en prenant en compte lâévolution de cette thématique de la non-violence dans votre vie.
Est-ce quâen guise dâintroduction, vous pourriez peut-être nous raconter un peu votre parcours, non seulement de conversion écologique, mais peut être aussi en prenant en compte lâévolution de cette thématique de la non-violence dans votre vie.
Michel : Moi, jâai lâimpression que je suis tombé dans la bassine quand jâétais tout petit. Jâai des souvenirs dâadolescent où jâécoutais les conversations de mes oncles et tantes et mes parents : il était question de la parution du nouveau Pèlerinage de Lanza del Vasto, Vinôba, il était question du rapport du MIT, Halte à la croissance⦠Et mes parents et mes oncles et tantes étaient plus marqués par les préoccupations de tiers mondistes. Mes parents se sont ensuite remis à une écologie plus concrète, plus tardivement. Ãa, câétait pour le volet écologique.
Pour la non-violence, la première question, câétait à lââge de 20 ans, de se dire que je nâallais pas au service militaire, quâun chrétien ne devait pas porter les armes, une espèce de pacifisme un peu radical qui mâa amené à être objecteur de conscience et là , ma famille a mal compris. Ils auraient compris que je rechigne à porter les armes et imaginaient bien que je parte faire de la coopération.
Le côté plus radical, plus militant de lâobjection de conscience les a un peu troublés. Mais bon, finalement, ça sâest fait. Voilà ⦠Un parcours un peu général.
Ensuite, approfondissement avec de multiples rencontres lâArche de Lanza del Vasto dans les années 80, et puis une entrée au conseil municipal de Mulhouse en 2001. Où là , vraiment, la coalition de centre gauche de la ville souhaitait avoir des écologistes. Câest vraiment lâécologie qui les intéressait, la non-violence, nâétaient pas dans leurs préoccupations.
Peut-être que Michel, pour les auditeurs et auditrices qui ne connaîtrait pas Lanza del Vasto, pourrais-tu nous faire un petit rappel de qui était cette personne et quelle était sa vie ?
Michel : Alors, Lanza del Vasto était un philosophe français qui va en Inde en 1936, qui passe du temps avec Gandhi, qui se demande sâil ne va pas rester là -bas et qui finalement revient en France fonder un ordre quâil appelle lâordre gandhien en occident, câest un bond dans le style des mouvements spirituels autour de la deuxième Guerre mondiale, et ce mouvement a perduré jusquâà aujourdâhui avec des rebondissements. Il sâarticule avec des communautés agraires, des communautés dâenseignement autour de la non-violence et un réseau dâamis et de proches.
Hélène, est ce que tu pourrais nous esquisser aussi un peu ton parcours ?
Hélène : Moi aussi, il nây a pas de conversion. Câest plutôt une espèce de glissement progressif, une prise de conscience qui se construit très progressivement. Et au fond, quand jâessaie de jeter un regard dessus, jâai dès lâadolescence quelque chose qui se tourne vers la non-violence parce que ça me semble être vraiment la seule attitude cohérente pour un chrétien, et la question « Comment échapper à la violence ? »
Alors après, il y a des rencontres⦠La rencontre de Jean Goss qui était un très grand militant non-violent. Ãa a été une rencontre très brève, mais qui mâa conforté dans lâidée que câétait vraiment par là quâil fallait aller. Câest resté une espèce dâaspiration avec un centre dâintérêt. Et le point de bascule, je dirais, câest la rencontre de la non-violence gandhienne au fil dâun stage sur la non-violence au quotidien. Parce que le problème de la non-violence, câest que dâun côté, il y a la militance et la vision dâun militant non-violent à la limite du martyr. Et puis, de lâautre côté, il y a le quotidien. Câest dans mon travail comment échapper à la violence ? Dans ma famille, jâai des enfants, je fais quoi ? Comment est-ce quâon fait pour choisir une éducation non-violente ? La non-violence dans les rapports interpersonnels, il y a tous ce côté-là . Et puis il y a la bascule de la non-violence gandhienne. Il y a la prise de conscience que, simultanément, la démarche spirituelle, la façon de vivre, la lutte non-violente, mais la façon aussi de sâhabiller, de manger, de travailler, que tout ça, câest la même chose. Donc lâécologie à ce moment-là devient une évidence. LâÃcologie, la non-violence sont complètement liées. Câest à dire que la façon dont je vais faire mes courses au marché plutôt que dans un supermarché, câest un acte non-violent, câest un acte militant. La façon dont je vais tricoter moi-même mes poules au lieu dâacheter des poules qui sont fabriquées en Asie du Sud-Est dans des conditions de surexploitation. Alors, ils sont beaux, mais la façon dont moi je vais les faire, eh bien, ça va être un acte non-violent.
Alors lâun des problèmes, câest quâà partir dâun certain moment, on est considéré par son entourage comme un martien : Pas de machine, faire les choses soi-même, refuser dâentrer dans une espèce de consumérisme à certains moments, ça fait carrément rigoler. Il faut assumer. Et là , en fait, câest tout un cheminement que nous avons fait ensemble.
Michel : Dans le même ordre dâidée, depuis toujours, depuis que je suis en 6ème, je vais au travail en vélo et je me souviens dâun établissement un peu loin de la maison. On avait quand même 40 minutes de vélo pour aller travailler matin et soir et mes collègues mâaccueillaient avec un sourire narquois. Et dix-quinze ans plus tard, je suis élu conseiller dâagglomération et un de mes anciens collègues qui se moquait de moi et qui était pourtant prof de sport, et président du conseil dâagglomération. Il préside une séance ou il présente le plan climat de lâagglomération qui est un projet pilote. Et ensuite, pendant le Pau, il vient sâexcuser auprès de moi en me disant « Michel, tu dois être en colère contre nous. On se rend compte maintenant à quel point on a eu tort de pas te prendre au sérieux. ». En fait, de ne pas prendre au sérieux le fait que jâallais en vélo ou au lycée tous les matins. Et ça, câétait quand même étonnant comme signe dâune espèce de conversion collective.
Parce que vous, autant sur le sujet de lâécologie, mais aussi sur celui de la non-violence. Vous étiez un peu précurseur dans une société, une Ãglise qui ne sâen occupait pas tellement encore à lâépoque. Est-ce que vous pourriez détailler un petit peu le lien que vous faites justement entre cette thématique de lâécologie et celle de la non-violence ?
Hélène : Cette question est une question absolument fondamentale. La crise écologique, on est dedans et elle a un impact beaucoup plus terrible, pour le dire vite, sur les populations fragiles, que ce soient des populations du Tiers-Monde, que ce soit chez nous, des populations qui sont quelque part dans le bas de lâéchelle sociale : Lâimpact est terrible, le sera de plus en plus et au bout du compte, câest ça qui génère de la violence. Il y a violence parce que des gens subissent un certain nombre de privations, parce quâil nây a plus assez de tout pour tout le monde, parce quâil nây aura plus assez dâeau. Là , on hurle sur la sécheresse en France, mais toute lâEurope est impactée et ça fait quand même un certain temps que ça dure. Maintenant on sâen rend compte, tant mieux. Mais le résultat, au bout du compte, ça veut dire des transferts de population, ça veut dire des épidémies parce quâil y a des famines, parce quâil y a des réfugiés, parce que ça va provoquer et ça provoque des conflits armés, des guerres. Donc on est en plein dans le cÅur et travailler sur la question écologique, câest travailler sur la question de la violence donc, et une démarche non-violente doit passer par une démarche écologique.
Et la non-violence gandhienne, nous a bien souligné que cette démarche-là , cette démarche dâinterrogation finalement de nos moindres gestes, elle est liée à une démarche spirituelle. Et que tout ça, ça fonctionne ensemble. Ce qui veut dire que quand je fais la cuisine, eh bien je peux avoir une action écologique. Jâai eu une action non-violente et jâai une action spirituelle. Câest un geste spirituel.
Donc, si je comprends bien, non seulement lâécologie produit de la violence, câest peut-être ce qui peut nous pas être le plus évident. Mais aussi les outils développés par la non-violence sont écologiques et peuvent être des outils dans le cadre dâune crise écologique.
Michel : Tout à fait. Câest dans les deux sens. Avec pour le dire un peu autrement, parce que ça a été un des phares de mon engagement politique : Recentrer la réflexion sur les victimes « Tiens, qui est victime ? » dans Lanza del Vasto, il y a un certain nombre de préceptes, de préconisations, et il y a avoir le souci de ne peser sur personne.
Câest très compliqué en fait, et câest un peu paradoxal parce quâon vit en collectivité. Donc on sâappuie toujours sur les uns sur les autres. La différence entre sâappuyer sur quelquâun et peser sur quelquâun nâest pas forcément très simple à faire. Et en même temps, elle est essentielle. Et donc voilà . Quand je fais la cuisine, avec quoi je le fais ? Quand jâappuie sur un bouton pour quâil y ait de lâeau qui coule, un moteur qui tourne tout seul, qui fait le job derrière ? Il faut être clair si je mets un moteur électrique et que je branche et que jâappuie sur le bouton, moi je me repose, il y en a un autre qui bosse pour quâil y ait de lâélectricité. Câest idiot, mais on oublie de le dire. Et si on vous remet ça au cÅur de ses préoccupations, « Sur qui je pèse ? », « Quand je jette quelque chose sur la tête, de qui est ce que ça retombe ? » au sens le plus concret du terme. Et là , la notion de victime qui va être, qui va encaisser quelque chose, endurer quelque chose à cause de ce que je fais, va être un guide spirituel et politique, à la fois pour lâaction collective et pour le choix de vie individuelle.
Hélène : Cette question en même temps, il ne faut pas se faire dâillusion nous faisons partie de la population la plus favorisée de la planète. Donc, automatiquement, nous pesons sur plein de gens qui sont loin, dâautres qui sont près dâailleurs, et nous ne pouvons pas y échapper. Si on pourrait tout abandonner et les rejoindre. Et nous nâen sommes pas capables et câest peut-être pas souhaitable.
Cette prise de conscience de cette responsabilité, ça peut être absolument terrifiant. Ãa peut être moteur de désespoir et ça peut être quelque chose dâécrasant. On peut être écrasé par la culpabilité. Mais dans une perspective où tout se répond : La démarche spirituelle, la recherche de non-violence, la recherche des gestes individuels et collectifs qui vont agir dans une perspective écologiqueâ¦Tout ce mouvements-là , câest quelque chose qui est totalement libérateur parce que la culpabilité se transforme en responsabilité. Oui, faire tel ou tel choix de vie, comme disait Michel, prendre son vélo au lieu de prendre une voiture, câest un geste responsable. Câest un geste qui va assumer quelque chose. Câest ma façon à moi dâavoirâ¦. Alors évidemment, câest le colibris, la petite goutte qui éteint le grand incendie, qui a lâair absolument dérisoire. Mais à ce moment-là , jâéchappe aux remords, jâéchappe à la culpabilité, jâentre dans une dynamique qui est une dynamique constructive. Jâessaie dâassumer ma responsabilité là où je suis, ici où je suis. Et à ce moment-là , faire la cuisine, câest une prière ou tricoter mon pull ou prendre mon vélo.
On entend que vous étiez une famille très engagée au niveau individuel, au niveau de vos choix de vie. Est-ce que Michel, ton engagement en tant que conseiller municipal de la ville de Mulhouse avait pour motivation le fait dâagir sur les structures génératrices de violence dont parlais tout à lâheure, Hélène.
Michel : Alors dâabord, quâest ce qui mâa donné envie ? On est venu me chercher. Moi, jâavais le goût du débat public, donc je suis allée au débat, aux rencontres citoyennes. Dans les conférences sur lâavenir du pays, il y a des questions du public après les meetings politiques. à un moment, quelquâun mâa dit maintenant un meeting politique à Mulhouse sans une question de Michel, câest un meeting raté. Et au bout de quelques années à poser des questions, lâéquipe du maire mâapproche en disant « On a besoin dâécologistes, tu poses des bonnes questions, il serait temps que tu te mettes à fabriquer des solutions. » Et câétait quand même un défi parce que jâai été habitué à poser les questions qui emmerdent et pas forcément à négocier les réponses.
Ensuite, ils voulaient un écologiste. Nous nous sommes convenus tout à fait. Je nâétais pas spécialement branché sur la non-violence, mais en même temps, le maire mâa donné comme première responsabilité la sécurité routière. On nâest plus dans lâécologie, mais pour moi, ça a toujours le même sens. « Où sont les victimes ? Qui est victime de quoi ? »
En écoutant Michel, je me demande si lâengagement dans la politique locale a la même vertu libératrice que vous décrivez pour lâaction individuelle. Est-ce que câest quelque chose que tu as pu expérimenter ?
Hélène : Oh oui, oh oui, ça ! ça je témoigne ! Je témoigne que je suis passé de lâinquiétude ou ils sâengagent dans un truc qui va lui bouffer tout son temps. « Est ce quâil va sâoccuper encore de sa famille ? ». Je suis passé en lâespace dâun an. Mais quel bonheur de voir un homme heureux parce quâil a fait un petit peu avancer les choses !
Michel : Oui. Et puis, il y a toujours ce travail de souci des victimes. Dire ce qui ne fonctionne pas sur qui ça pèse. Et quand on voit ça ? Quand on pilote un comité de sécurité routière, désolée, jây reviens. Jây ai passé 20 ans et quâon a en face de soi. Le délégué départemental de lâAssociation des paralysés de France, qui est sur un fauteuil roulant pour toute sa vie parce quâun connard lui est rentré dedans. Voilà , là , on a en face de soi une victime et on fait en sorte quâil y en ait pas dâautres.
Quand on est aussi engagé en cité, dans le monde associatif, dans son métier, dans ses choix individuels de consommation, de mode de vie. Dâoù, est ce que vous tirez toute cette énergie ? Vous avez parlé de la vertu libératrice, de lâaction individuelle, de lâaction politique, mais au-delà de ça, est ce quâil y avait des choses qui constituaient comme une colonne vertébrale pour vous permettre de tenir bon quand vous étiez aussi parfois à contrecourant ?
Hélène : Je dirais. Il y a la certitude que câest quand même globalement quelque chose quâon partage. On nâest pas tout seul, nous deux. Chacun est avec lâautre et on nâest pas tout seul parce quâil y a toujours le troisième avec.
Michel : Le verset qui est très éclairant mais qui mâest revenu en séance de conseil municipal, jâentendais des choses insupportables. Câest la prière de Jésus sur la croix. « Père pardonne leur⦠»
Hélène : Il y a beaucoup dâémotionâ¦
Michel : Je le redis « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce quâils font. » Je lâai vécu face à des gens qui mâont insulté publiquement de façon grossière. Et ça, câest ça aussi qui mâa permis de passer dessus.
Merci pour le partage de cet outil. On est convaincu quâon avance avec les questions des autres et câest pour ça quâon aime bien poser cette question des questions. Justement, est ce quâil y en a une qui vous taraude en ce moment plus particulièrement ?
Michel : Une préoccupation peut être plus récente, câest la préoccupation de lâesthétique rendre le monde plus beau. Souvent, quand on parle dâaction politique ou de de combat et sur la non-violence ou sur lâécologie, on est sur des notions de justice que je ne désavoue évidemment pas. Mais la question de la beauté du monde est une question qui est souvent gommée, qui renvoyait à une espèce de vision romantique.
Câest beau/ pas beau, câest du romantisme individuel. Or, il y a une composante fondamentalement politique de la beauté du monde. Accessoirement, faire des ZUP (zone à urbaniser en priorité) absolument ignobles, câest générateur de violence. Et câest générateur de gaspillage. Je veux dire plus les gens vivent dans un cadre moche, plus ils se comportent comme des cochons. Et vous ne pouvez pas leur demander de faire autrement. Et chaque fois quâon gagne sur la beauté du monde, on gagne à la fois sur le respect de la création qui va être un pilier de lâécologie. Et puisquâon est sur une émission chrétienne à ce moment-là , il faut bien parler de respect de la création au sens ou la création est une création de Dieu et en tant que création de Dieu, elle a droit à notre respect. Là , on va faire quand même la minute de théologie de la matinée et cette qualité esthétique quâon va gagner, va faire baisser la violence et va préserver la création. Ãa, câest une chose que je nâai perçu quâassez récemmentâ¦
Et en même temps, cette préoccupation nâest pas complètement surprenante puisque vous avez tous les deux un peu des chÅurs dâartistes avec Michel qui est flûtiste, et Hélène, chanteuse. Cette semaine, pendant la retraite de Carême, Terre promise, on médite lâÃvangile des Rameaux. Est ce que câest un Ãvangile qui vous parle ?
Hélène : Au palais dâHérode, il y a des tas de gens très importants qui discutent dâalliances très compliquées. Il y a des choses très sérieuses qui se passent. Il y a des choses très glorieuses. On a là les zones du pouvoir et câest dans ces zones du pouvoir à la marge, tout petit, oublié, il y a quelque chose de fondamental qui est en train de se passer et qui est en train de tout retourner. Il y a un homme qui entre à Jérusalem, monté sur un âne comme un nâimporte quel potier qui va au marché apporter le fruit de son travail, comme nâimporte quelle femme qui apporte au marché la menthe et le cumin quâelle a cueilli dans son jardin. Câest quelque chose qui est de lâordre du quotidien, de lâordre de lâordinaire. Et soudain, ça change tout. Lâimportant, câest pour moi de croire que là , il y a quelquâun à suivre. Câest cet homme qui est juste entouré de ses amis et qui entrent de la façon la plus la plus simple et la plus ordinaire. Et là , il y a quelque chose qui change, et câest le destin de lâhumanité qui change. Jâai envie de dire suivons le maintenant, câest lui quâil faut suivre. Je pense que Michel dira tout à fait autre chose.
Michel : Au Rameaux, tout le monde est pour. Câest comme quand tu fais une marche pour le climat. Aux Rameaux, tout le monde est derrière Jésus. Une semaine après, tout le monde le renie. On est toujours coincé entre les deux. On nâa pas la solution. On est à la fois complètement pécheurs et complètement pardonné. Câest quand même aussi la force du message chrétien. Mais ce complètement pécheur et complètement pardonné. Il nâest pas forcément toujours simple à vivre⦠Et il faut avancer, essayer de faire avancer collectivement, avancer peut-être être un peu en avant des autres pour pouvoir les entraîner. Le monde a besoin de prophètes, pour quâun prophète soit entendu, il ne faut pas quâil soit trop loin devant, parce que sâil est trop loin, plus personne ne lâentend. Donc on est toujours partagé sur ce genre de choses. Les Rameaux, oui, il y a de lâenthousiasme. Il retombe vite. Après, il faut le relancer.
On repart de cet entretien avec énormément de choses à méditer, à ruminer. Mais on voulait quand même vous demander si vous aviez un verset biblique ou un passage dâévangile à nous partager qui vous nourrit particulièrement et qui vous parle.
Hélène : Dâune certaine façon, je me retrouve dans ce texte dâÃvangile que jâappelle le petit déjeuner sur la plage. Ce moment où Jésus ressuscité est sur et sur la plage et appelle, et il leur dit « Est ce que vous avez quelque chose à manger ? » Et quand il arrive et il y a du poisson qui est en train de griller. Câest une scène extraordinairement humaine et qui en même temps renvoie cette solution. Il y a quelquâun qui appelle, et il y a un du groupe qui dit à lâautre « Câest le Seigneur ! » câest lui qui me dit câest le Seigneur. Et on revient toujours à cette question de la communauté.
Bon, jâaime bien ce texte avec cette espèce dâinattendu débordant. Oui, on tend les mains et à un moment, il y aura une mesure tassée, secouée, débordante. Je le crois, même si pour lâinstant, mes mains sont quand même assez vides.