Fair Play et bienveillance

Écouter

Pause

Retour en arrière

Fair Play et bienveillance

Écouter

Pause

Les jeux Olympiques nous offrent l’occasion de méditer sur la spiritualité d’Ignace de Loyola, l’auteur des “Exercices Spirituels” comparables en bien des points à une pratique sportive.

En 2013, lors d’une course de cross-country en Espagne, un coureur kényan était en tête. A quelques mètres avant l’arrivée, pensant qu’il avait franchi la ligne, il s’est arrêté de courir! Le coureur espagnol en 2ème position a compris l’erreur que le coureur en tête faisait. Il lui a crié de continuer de courir. Mais le coureur kényan en tête n’a pas compris. Le second, arrivé à la hauteur du premier, l’a alors poussé, pour qu’il franchisse la ligne d’arrivée devant lui. Le coureur Kényan a donc gagné grâce au fair-play du coureur espagnol.
Plus tard, un journaliste a demandé au coureur espagnol pourquoi il avait agit ainsi. Il a répondu: ′′ Mon rêve est qu’un jour, nous puissions avoir une sorte de vie communautaire où nous nous poussons entre nous et nous poussons aussi d’autres à gagner. ′′

Cet exemple de fair play dans le sport peut nous inspirer dans notre vie. Le fair-play dans l'ordre du sport est comparable à la bienveillance dans l’ordre spirituel. Ignace de Loyola dans ses Exercices Spirituels nous enseigne que la bienveillance est une attitude essentielle dans la vie.

« Il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner. Si l’on ne peut la sauver, qu’on lui demande comment il la comprend ; s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour ; et si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens adaptés pour qu’en la comprenant bien on la sauve. »

C’est à l’accompagnateur spirituel, qui donne à un autre les exercices spirituels, qu'Ignace de Loyola s’adresse ainsi. “sauver la proposition de l’autre”… C’est une façon d’écouter, où celui qui écoute met de côté son jugement rapide. L’accompagnateur doit toujours prendre ce que dit l’autre comme une parole qui a du sens. Et s’il ne comprend pas, il faut chercher encore à comprendre.
La bienveillance est l’attitude d’être tourné vers l’autre, de vouloir son bien, d’être disponible pour lui. Ignace de Loyola a fait l’expérience de cette bienveillance tout au long de sa vie en étant éduqué par un Dieu bienveillant… La bienveillance première, c’est celle de Dieu pour nous. L’expérience spirituelle de la bienveillance de Dieu, de sa miséricorde infinie, est une source permanente pour Ignace de Loyola. Toute bienveillance vient de là !

Le coureur espagnol était disponible, au cœur même de la compétition, pour observer ce qui se passait et pour comprendre la situation. Il a été à l’écoute, s’est laissé toucher pour entrer en compassion. C’est étonnant!
Arrêtons-nous un instant avec Dieu pour considérer nos vies.
Ai-je déjà été écouté avec bienveillance, sans aucun jugement ni conseils? Qu’est-ce que cela me dit de la personne qui m’a écoutée ? Qu’est-ce que cela me dit de Dieu ?

La bienveillance est également une invitation à considérer en vérité la place de l’autre et à être en juste distance avec lui. Dans cette course de cross-country, le coureur espagnol a senti intérieurement, que sa place n’était pas de gagner la médaille d’or mais que celle-ci revenait au coureur kényan. Il déclare après sa course « «J’ai fait ce que j’avais à faire, il était le vrai vainqueur de cette course».
Je peux maintenant à mon tour me demander comment je donne sa juste place à l’autre. Quelle est ma relation à mes collègues, à mes amis, mes proches… dans mon travail, mes études, mes activités, ma vie de famille, ?
Comment sommes-nous en relation ? Est-ce une relation de compétition, de soumission ? Ou bien d’ouverture, d’entraide ? Je demande à Dieu de faire la vérité en mon cœur sur ces relations.

Enfin, la bienveillance nous parle du regard et de l’écoute que nous portons envers nous-même, sur les autres et sur notre monde. Ignace de Loyola nous invite à entrer dans la manière dont Dieu nous regarde, avec amour, vérité et espérance. Dieu voit en nous tout ce nous pouvons accomplir, déployer, faire fructifier et que nous ne voyons pas encore.
« Sauver la proposition du prochain » ne signifie pas tout accepter comme bon, sans discernement ni esprit critique. « Être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner » nous interpelle à réfléchir sur la manière dont nous réagissons instinctivement à ce que nous entendons, quand cela nous gène.
Il est souvent plus facile de juger que de s’arrêter un moment pour essayer de comprendre. Qu’est ce que veut dire mon interlocuteur? Accompagner quelqu’un c’est faire un bout de chemin ensemble pour avancer et réfléchir. Comme l’ont fait nos deux coureurs.

Je peux me demander : comment est-ce que je réagis instinctivement quand les choses ne vont pas dans mon sens ? Quand un collègue ou un proche me fait une proposition qui, à priori, ne me semble pas opportune ? Je peux demander à Dieu d’avoir la patience de m’arrêter pour mieux comprendre la proposition de l’autre. Je peux travailler mon écoute pour mettre de côté mon jugement et être toujours curieux de ce que l’autre essaie d’exprimer. Je peux demander au Seigneur le discernement pour poser la question qui convient.

:
: