Châtelet - Les Halles

"C’est le ventre de Paris : le lieu qui nourrit, habille et flatte les papilles des Parisiens jusqu’au milieu du XXème siècle ! "

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Imaginez-vous neuf siècles plus tôt : des bruits, des odeurs qui s’échappent de ce lieu où grouillent les badauds de Paris, venus acheter des fruits et légumes, du pain, du cuir... jusqu’à la mercerie- mais aussi des textiles et lingeries, chaussures et fripes.

"Châtelet"...

Dans cette artère au cœur de Paris, nul ne soupçonnerait que nous foulons d’anciens marécages asséchés du temps de Louis le Gros. Ou encore qu’ici, y défilaient les condamnés au pilori, exposés aux insultes et aux ordures de la foule.

Aujourd'hui, la foule est encore là, éclectique, qui émerge des entrailles de cet endroit, où convergent les principales lignes du métro et du RER parisien. Du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest, toute l’Ile de France afflue là.

Au milieu de cette affluence, je prends un temps d'arrêt. Je contemple ce lieu de passage à la croisée des chemins. Je peux penser à toutes ces personnes qui sont passées par là au cours des siècles : commerçants, condamnés, passants, voyageurs, étrangers … J’imagine tous ses visages, je vois les visages d’aujourd’hui.
Tous sont aimés de Dieu. Je peux en rendre grâce.

Au fur et à mesure des siècles, la population se densifie à Paris... Et le marché s’étoffe. On y trouve la halle au beurre, aux œufs et aux fromages, aux poissons, à la viande ; le marché aux herbes, celui de fleurs ... ; des drapiers et tisserands ; et puis la halle au blé transformée ensuite en Bourse du commerce.
C’est le ventre de Paris : le lieu qui nourrit, habille et flatte les papilles des Parisiens jusqu’au milieu du XXème siècle !

Je médite sur cette réalité historique. Je pense à toutes celles et ceux qui travaillent aujourd’hui pour nous nourrir et nous restaurer. Avec des horaires contraignants, des conditions d’exercice souvent difficiles. Certains en salle, certains en cuisine, certains en usine, d’autres en abattoirs, d’autres encore dans leur ferme ou leur champs… Je peux penser à toutes ces professions et rendre grâce pour le travail de ces personnes.

Des Halles, il n’en reste plus rien aujourd’hui, après leur destruction en 1969. Les lieux maints et maints fois réaménagées ont fait place au forum et sa canopée. Mais depuis 800 ans, un bâtiment demeure... silencieux... une silhouette massive au cœur de ce quartier... :

L’Église Saint-Eustache ; au départ, une petite chapelle qui deviendra sous François Premier l’église actuelle de style gothique.

Je peux pousser la porte de cet édifice. Je goûte au silence des lieux et m’en imprègne.

Sous son manteau de pierre, s’y cache mille histoires... des visages bien connus aussi : Richelieu, Molière, la Pompadour baptisés entre ses murs ; et Louis XIV qui fit là sa première communion.

Je prends un temps pour contempler ces pierres, témoins des siècles écoulés. Je peux penser à toutes ces prières murmurées ici dans le secret.

A présent, je regarde au-dessus de moi : à bien y compter, 8000 tuyaux s’élèvent vers la voûte : ceux de l’orgue, l’un des plus grand de France. Si vous tendez l’oreille, peut être entendrez vous l’écho d’œuvres musicales qui y furent menées, sous la direction de Berlioz et Franz Liszt.

Note : La Messe de Gran (Graner Messe, ou Missa solemnis zur Einweihung der Basilika von Gran) de Liszt, dont la première audition française fut dirigée par Liszt à Saint-Eustache en 1866, avec participation de l’orgue.

Une musique qui monte vers le ciel comme une prière !

A mon tour, je me tourne vers Dieu. Je peux prendre le temps de déposer en ce lieu une bougie, avec une intention de prière.

Saint Eustache, ce n’est pas que des grands noms. Ce sont aussi de nombreux anonymes, précaires et démunis qui se pressent à ses pieds, chaque soir : plusieurs centaines de repas chauds distribués chaque jour pour nourrir, à nouveau, les ventres les plus creux de Paris... comme un joli clin d’œil à l’histoire des lieux, qui retrouvent, au creux de son église, l’une de ses vocations premières.

Pour conclure cette prière, je peux prendre un temps pour rendre grâce pour tous ces bénévoles au service des plus pauvres.

Dans ce quartier emblématique, un autre bâtiment demeure, immobile et figé, au milieu de ce quartier si foisonnant, cœur de la vie parisienne : la Tour saint Jacques... mais ceci est une autre histoire !

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