Mémoire et présence

Père Benoit de Maintenant sj

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La Résurrection du Christ n’est pas restée sans conséquences. Aujourd’hui encore, elle fait son oeuvre. Si nous ne sommes pas encore pleinement ressuscités avec Jésus, nous pouvons être relevés et restaurés par lui dès maintenant.

Aujourd’hui, écoutons le père Benoît de Maintenant, jésuite chargé des vocations. Il nous partage son expérience d’accompagnateur après avoir suivi spirituellement de nombreux jeunes en classe préparatoire.

Comme accompagnateur, je ne suis pas forcément la personne la mieux placée pour observer, on pourrait dire, les résurrections des gens que j'accompagne.
Mais un jour, je travaillais dans un établissement scolaire où les jeunes étaient soumis à de très très fortes pressions et je vois un soir plutôt un premier de classe, quelqu'un qui fonctionne très très bien à l'école, qui vient me voir et qui me dit « Monsieur, je ne comprends pas comment vous faites : les élèves qui viennent vous voir et qui sont dans un état catastrophique, quand ils ressortent de votre bureau, ils ont le smile, ils ont le sourire. ». Et du coup, moi, ma réaction, ça a été de dire à ce jeune « Écoute, je ne sais pas comment je fais, mais visiblement, ça t'intéresse de, provoquer des retournements comme ça chez les gens que tu croises, alors cherche.» Et puis sa question, j'avoue, m'a un peu bousculé. Je me suis dit « Mais comment ça se fait, comment se fait-il que ces élèves que moi je vois un peu effondrés, puis je les vois repartir, mais je ne sais pas comment ils repartent, dans quel état ils repartent. » Et en fait, simplement, je me suis rappelé que j'essayais de faire comme, on pourrait dire comme les disciples à Emmaüs et comme le Christ à ce moment-là, faire raconter à l'élève la tourmente par laquelle il est passé.
Et en fait, bien souvent, en injectant un tout petit peu de mémoire, d'aider le jeune à se rappeler pourquoi il était là dans cette aventure exigeante de la prépa, difficile pour lui aujourd'hui, pourquoi il était là, c'était quoi son objectif, son cap, son défi, son goût aussi. Et qu'en fait, avec un brin de confiance, à chaque fois, visiblement en tout cas selon ce camarade, à chaque fois les jeunes repartent avec le sourire. Un petit mot pour compléter ça, un des plus beaux compliments que j'ai pu recevoir une fois, ça a été de servir à rien.
Un jeune qui n'est jamais venu me voir et qui a pu dire, « Monsieur ou mon père, je ne suis jamais venu vous voir, mais je savais qu'en cas de problème, vous étiez là. » Là, il n'y a pas d'expérience en tant que telle de résurrection, mais il y a une manière de mettre debout un jeune, non pas parce que je fais quelque chose, mais simplement parce que mon poste existait dans l'organigramme. Et donc lui, dans sa tête, il se disait :« En cas de problème, il y a quelqu'un qui me soutient et me maintient. » Et ça, je crois que c'est la foi et c'est un beau cadeau.

Il y a le premier cas où c'est la mémoire, c'est de l'aider à faire mémoire. Et il y a le deuxième cas où c'est la confiance, c'est-à-dire de savoir que quelqu'un peut être là, qui a permis de traverser des difficultés.

Dans le deuxième cas de jeune, il y a quelque chose de, juste savoir que la vie est possible, l'a maintenu vivant. Quoi qu'il en soit, dans ces deux anecdotes, dans ces deux situations, ce qui comptait principalement, c'était d'être devant le jeune, de savoir que la présence, soit dans l'organigramme, c'est-à-dire le jeune pouvait venir me voir, c'est la deuxième situation, soit tout simplement parce que le jeune venait confier un moment difficile, dans ces deux situations, c'est la présence qui fait que le relèvement du jeune derrière est possible.

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