Dans la continuité de notre parcours de Carême, "Je serai avec toi", le Père François Odinet, aumônier du Secours Catholique-Caritas France, nous propose un exercice guidé qui s'appuie à la fois sur l'Évangile entendu lors de ce deuxième dimanche de Carême, ainsi que sur le témoignage de Coco.
Père François Odinet :
Vous avez entendu le témoignage de Coco et sa parole peut éclairer notre lecture de la Transfiguration de Jésus : un récit qui ponctue notre chemin dans le Carême. En effet, Coco parle de Jésus. Pour elle, c'est une personne sur qui on peut compter. Elle dit même "C'est le bonhomme sûr". C'est une conviction importante parce que dans la vie de Coco, des personnes sur qui on peut compter, ça n'a pas été facile à trouver.
Elle raconte comment beaucoup de relations ont été décevantes et comment elle a été larguée à des moments de son existence sans pouvoir compter sur grand monde. Alors précisément, Jésus lui apparaît comme le bonhomme sûr. Mais Coco explique pourquoi elle dit cela. Ce n'est pas juste une affirmation de principe. C'est parce que elle dit : "On sait qu'il nous entend même si on ne l'entend pas".
Autrement dit, elle a confiance dans le fait que le Christ accueille sa prière et elle a une confiance fondée sur l'expérience parce qu'elle raconte qu'il y a des signes que sa prière a été entendue. Autrement dit, le Christ, bien sûr, ne répond pas directement à la parole qu'elle lui adresse, mais elle voit ensuite dans sa vie que la prière qu'elle adresse à Jésus, la parole qu'elle adresse à Jésus a été entendue, reçue.
Sa prière, d'une certaine manière, est exaucée d'une manière peut-être inattendue. Autrement dit, Coco découvre petit à petit, et non pas d'un seul coup, comment le Christ l'entend, comment le Christ l'accompagne, et elle apprend ainsi qu'elle peut vraiment compter sur lui. A la Transfiguration, les disciples qui accompagnent Jésus découvrent eux aussi un aspect de l'identité de Jésus auquel ils ne s'attendaient peut-être pas.
Et la voix venue du ciel les invite à s'appuyer sur Jésus, le suivre, à compter sur lui, comme le dirait Coco. Et pour nous, qu'est ce que ça veut dire compter sur Jésus ? Est ce que c'est une parole vague que nous disons un peu par habitude ou est ce que c'est réel ? Sur quoi est-ce que ça s'appuie ? Et quelle place cette conviction que nous pouvons compter sur Jésus, quelle place a t elle dans notre prière ?
(1 minute de silence)
Coco raconte qu'il y a eu une longue période de sa vie, une longue période où les épreuves se sont accumulées, mais qu'après cela, elle s'est réconcilié avec Jésus. Ce sont ses mots. Et pourtant, la réconciliation arrive dans une période où cela semble improbable. Rien n'a l'air très facile à ce moment-là. Coco doit déménager avec son enfant. Elle n'a pas de logement fixe.
Elle raconte même qu'elle se déplace avec tout son sac de problèmes. Mais c'est la rencontre avec une personne., c'est la rencontre d'une bénévole au Secours catholique qui devient une amie, Myriam, qui va débloquer beaucoup de choses. Et Coco affirme sa certitude après avoir évoqué cette rencontre avec Myriam, elle affirme sa certitude qu'on ne rencontre pas les gens par hasard.
Elle dit : Dieu nous met les personnes dont on a besoin sur notre chemin de vie. Autrement dit, Dieu nous fait signe à travers d'autres, à travers d'autres personnes qu'il met sur notre chemin. Voilà sans doute le signe le plus précieux que la prière de Coco est entendue. Ce ne sont pas d'abord des choses, ce sont des personnes, des rencontres.
Jésus lui-même a choisi des disciples qu'il a emmené avec lui, prier sur la montagne. On pourrait dire qu'il a soigneusement composé son équipe de disciples. Il ne les a pas choisis au hasard.
Et nous ? Est ce que nous pouvons faire mémoire de personnes dont nous voyons clairement que c'est Dieu qui les a mises sur notre chemin ?
Est-ce que nous pouvons dire que, à travers ces personnes, Dieu a tenu Sa promesse d'être avec nous, d'être à nos côtés ?
(1 minute de silence)
Enfin, Coco parle du groupe de partage d'Évangile auquel elle participe au sein du Secours Catholique, et elle y voit sa vraie famille, en employant une image qui paraît très parlante. C'est une famille recomposée. L'image de l'Église comme d'une famille recomposée est belle. Elle est assez inhabituelle. Nous pouvons avoir l'habitude de parler de l'Église comme une famille, mais une famille recomposée, ce n'est pas une expression que nous utilisons si souvent.
Cela signifie que l'Église peut être une famille composée de personnes très différentes, pauvres et riches, toutes égales devant Dieu. Coco raconte d'ailleurs que dans ce groupe, on partage la Parole, on partage le repas et elle conclut : La vie devrait être comme ça. Autrement dit, l'expérience qu'elle a de l'Église, cette expérience de famille recomposée, c'est presque un modèle de société, en tout cas un lieu qui rend heureux et qui donne du sens à son existence.
Elle insiste en disant : Jésus met tout le monde sur un pied d'égalité. Pauvre ou riche, ça équilibre les choses. Voilà une belle manière de concevoir notre engagement dans l'Église. Une famille recomposée où on est là parce que Dieu nous a mis sur le chemin les uns des autres. Parce que certes, Dieu a mis d'autres sur notre chemin, mais aussi parce que nous pouvons reconnaître, en toute humilité, que Dieu nous a mis nous aussi sur le chemin d'autres personnes.
A ce titre, nous pouvons nous reconnaître égaux, non pas parce que nos vies sont les mêmes. Il y a des vies plus faciles, des vies plus difficiles, pauvres ou riches. Mais parce que fondamentalement, nous nous reconnaissons envoyés les uns vers les autres au point que désormais nous sommes une famille qu'on ne peut pas dissocier ; une famille que Dieu lui même a recomposé.
Voilà qui peut nous donner à réfléchir un peu.
Est-ce que nous vivons seulement avec des gens qui nous ressemblent, avec des gens qui ont à peu près la même vie, le même milieu social, les mêmes expériences que nous ?
Est-ce que notre expérience de l'Église est celle d'une famille trop homogène ou est ce qu'au contraire, nous, nous savons par expérience que l'Église est une famille recomposée, une famille que Dieu même recompose en nous mettant sur le chemin les uns des autres... contre toute attente.
(1 minute de silence)
Photographie : © Elodie Perriot / Secours Catholique