Dans la continuité de notre parcours de Carême, "Je serai avec toi", le Père François Odinet, aumônier du Secours Catholique, nous propose un exercice guidé qui s'appuie à la fois sur l'Évangile proclamé lors de ce premier dimanche de Carême, ainsi que sur le
témoignage d'Hélène à retrouver sur le site Internet où l'application prie en chemin.
Père François Odinet :
Le récit des tentations de Jésus au désert pendant 40 jours tient une place importante dans le chemin du Carême. Et nous avons entendu le témoignage d'Hélène qui, je crois, peut éclairer ce récit des tentations au désert, lui donner comme une actualité toute particulière dans notre monde, celui que nous connaissons bien. Hélène dit au début de son témoignage que aimer, aimer, ce n'est pas un petit mot, c'est un mot délicat.
La tentation, c'est précisément ce qui nous montre combien il est difficile d'aimer. Et si nous sommes tentés, et si nous sommes souvent tentés. C'est parce que nous savons que aimer, aimer avec cohérence, aimer avec fidélité, en réalité, c'est difficile. Hélène le dit avec une grande franchise et sans doute ses années de galère lui ont appris à quel point c'est vrai que l'amour est délicat et à quel point aimer de cet amour délicat, cela s'apprend.
Ce n'est pas donné d'un coup, par magie, c'est le fruit d'un chemin. Il se trouve que Hélène donne un contenu particulier à cet amour.Elle dit qu'elle apprend à faire des choses avec les autres. Voilà une très belle caractérisation de l'amour. Ce n'est pas simplement
une affaire de ressenti, loin de là. Il s'agit d'apprendre à construire nos vies avec les autres et d'apprendre à engager nos vies pour que les vies des autres en soient construites. Faire avec eux, faire avec elles.
Voilà qui, en ce début de Carême, peut résonner pour nous comme une question :
Où est ce que nous en sommes dans notre chemin avec les autres ?
Où est ce que nous en sommes dans la délicatesse de notre amour ?
Cette délicatesse capable de fidélité, cette délicatesse capable d'attention et d'inventivité, cette délicatesse capable d'un engagement qui ne renonce pas ? Où en sommes nous ?
(1 minute de pause)
Hélène emploie une autre expression qui rapproche son témoignage des tentations de Jésus au désert. Elle parle d'assainir son terrain. Et bien sûr, il s'agit ici de son terrain intérieur. Elle exprime le besoin d'assainir son terrain. Et puis elle parle aussi de nettoyer
la colère, le magma. Nous avons sans doute cette expérience que parfois nous sommes submergés par le Mal. C'est aussi une expression qu'elle emploie, "submergée par un magma" et contre lequel il est très difficile de lutter, qu'il est très difficile d'arrêter.
Hélène, en particulier, raconte comment il y a une agressivité qui peut s'emparer d'elle, combien il est difficile de lui résister. Le mystère du Mal, Sa difficulté, c'est que précisément, nous pouvons nous trouver dépourvus face à lui, que ce soit un magma présent à l'intérieur de nous ou bien une violence, un terrain glissant, un magma autour de nous, menaçant, qui menace de nous enserrer. Nous pouvons être submergés aussi par la violence qui nous entoure et qui fait de nous une proie.
Hélène témoigne que son baptême lui a permis d'échapper à ce sentiment de subversion. Elle ne raconte pas du tout que le baptême l'a libérée de tout problème ou de toute tentation, ou même de toute colère. Elle témoigne simplement que ça a ouvert comme une fenêtre de liberté et la conviction que désormais, elle n'est plus noyée, écrasée, submergée par le mal ou par l'agressivité.
Et nous ? Est ce qu'il y a un terrain particulier en nous qui a besoin d'être assaini ou nettoyé ?
Et puis, est ce que nous nous voyons submergés soit par quelque chose qui vient de l'intérieur de nous, soit par quelque chose qui est autour de nous et qui nous
menace ?
Et alors, dans ce cas, d'où vient la liberté ? Est ce que nous reconnaissons qu'il y a une fenêtre ouverte ?
(1 minute de silence)
Enfin, Hélène rappelle que son baptême a changé son regard. Elle arrive à s'apprécier. Ce sont ses mots. Elle dit aussi qu'elle se regarde autrement. Le regard que Dieu pose sur elle a changé, a transformé petit à petit le regard qu'elle pose sur elle-même. Voilà une très belle description du baptême. Nous sommes regardés, appréciés de Dieu et cela peut transformer en profondeur la manière dont nous nous regardons, dont nous nous appréçions nous mêmes sous le regard de Dieu.
Et puis Hélène ajoute, alors même qu'elle a décrit la difficulté, le passage par la rue, l'agressivité... Elle ajoute : Il y a beaucoup d'espoir. J'ai plein d'espoir. Cet espoir-là qui vient d'elle, il est bon pour nous de l'accueillir, de le goûter, de laisser s'infiltrer en nous cet espoir qui vient de loin, cet espoir qui n'a rien de naïf, mais qui a traversé ce qu'il y a de plus difficile dans notre humanité, dans nos existences. Hélène précise que cet espoir, il est nourri par des mots qui apaisent et ces mots qui apaisent, elle raconte qu'elle les trouve dans la Bible ou qu'elle les trouve dans des personnes qu'elle rencontre.
Et nous, pendant ce temps du Carême, où allons nous chercher les mots qui apaisent ? Où allons nous chercher les mots qui nourrissent l'espoir ?
Quels moyens sommes nous prêts à nous donner pour cela ?
Est ce qu'il y a des rencontres ?
Est-ce qu'il y a des rendez vous à l'écoute de la Parole de Dieu ?
Est-ce qu'il y a peut être aussi une mémoire de notre baptême à entretenir ?
Peut-être que ce sont les mots de la liturgie. Peut être que ce sont les mots de la Bible, peut-être que ce sont les mots de nos amis ou de frères et de sœurs
dans la foi ?
(1 minute de silence)
En tout cas, nous avons besoin de mots qui apaisent, qui nourrissent notre espoir, qui nous rappelle aussi que, avec d'autres, avec Hélène et avec tant d'autres, nous pouvons nous tenir sous le regard de Dieu, dans l'espoir.