1. "Aimer, un mot délicat"

Partage de foi d'Hélène

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1. "Aimer, un mot délicat"

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"Aimer, ce n'est pas un petit mot, c'est un mot délicat"

Aujourd'hui, écoutons le partage de foi d'Hélène.

"Tu aimeras ton Dieu de toute ta force, de toute ton âme, et ton frère comme toi-même" : c'est cette partie-là moi, qui m'a été, et pénible et attirante à la fois, et qui me permet encore aujourd'hui de travailler sur ma perception et sur mes acceptations. (rires). C'est accepter d'être aimée et d'aimer, avec toutes ses formes... parce que nous sommes nombreux sur Terre... (rire)

Déjà en commençant par soi, ce n'est pas facile tous les jours. Mais justement, grâce à Dieu, avant le coup, grâce au baptême peut-être, j'arrive à m'apprécier. Même si parfois je me traite avec un mauvais mot, je me pardonne et puis je me regarde autrement. Je change de regard, en fait. Et je me dis regarde les autres si tu les aimes, tu peux t'aimer. Et voilà, j'inverse les choses et tout va bien. Il y a beaucoup d'espoir en fait.

(Transition musicale)

Le contexte c'est : je perds ma maman. C'était la seule personne que j'aimais, qui me semblait pouvoir m'aimer, et qui m'empêchait de me suicider... aussi simplement de ça. C'était le seul rempart contre l'horreur, pour moi : l'horreur de soi... L'horreur du monde...Les traumatismes... intra-familiaux ou qu'on passe de génération en génération, sans régler ses petits problèmes, on les refile aux enfants... pop pop pop... et ça file d'une génération en génération. C'est un peu un sac de nœuds, tout ça... Ça ne sent pas bon. Et puis en plus, ce n'est pas à soi. C'est comme si tu trimbalais des cadavres avec toi et qui t'embêtaient tout le temps.

Je ne voulais pas larguer à autrui, je ne voulais pas aimer dans cet état-là, je voulais absolument assainir mon terrain. Parce que tant qu'à faire, aimer, ce n'est pas un petit mot. C'est un mot délicat, c'est en vérité... et en vérité, c'est un peu plus violent et un peu plus doux. Ce n'est pas fleur bleue du tout ! Et pourtant ça peut être un petit regard, un sourire. Moi je sais qu'il y a des gens qui m'ont croisée dans différentes étapes de ma vie, qui me souriaient. Ils m'ont sauvée ce jour-là. Ils ne le savent pas. Mais aujourd'hui, je leur dis merci. (Émue)

Je ne savais pas qu'on pouvait aimer être aimée et je ne connaissais pas la formule. Je savais être polie, mais pas suffisamment en vérité. C'est ce manque de vérité qui était l'horreur en fait. Et je pense qu'à force de trop de douleur, on se découvre et on est sauvé.

Mais se découvrir, c'est enlever les oripeaux qu'on a sur soi, enlever sa carapace, être en sincérité et en honnêteté. Je ne savais pas qu'on pouvait aimer être aimée et je ne connaissais pas la formule. Je savais être polie, mais pas suffisamment en vérité. C'est ce manque de vérité qui était l'horreur en fait. Et je pense qu'à force de trop de douleur, on se découvre et on est sauvé. Mais se découvrir, c'est enlever les oripeaux qu'on a sur soi, enlever sa carapace, être en sincérité et en honnêteté.

J'ai été sauvée plus d'une fois de toute façon sur mon parcours, parce que... honnêtement, on ne survit pas autant de temps... autant indemne... à la rue... avec toutes les violences qu'il y a. 27 ans, ça fait un peu long. Il me fallait du temps, peut-être pour nettoyer aussi cette colère, ce magma qui étaient là, présent. C'était une longue quête.

De son vivant, ma mère, avait partagé la foi, les saints, le Seigneur, Marie. On a beaucoup cheminé ensemble en parlant de religion, des préceptes, des choses avec des actes pratiques, pratico-pratiquante de la foi. Ma mère était vraiment une pratiquante, non pas des églises, parce qu'elle était un peu fâchée, mais par contre, dans la vie terrestre, dans le monde, elle était vraiment une sainte femme... à mes yeux, évidement !

Du coup, le baptême m'amène à continuer ce dialogue avec elle, de cheminer avec elle.

Alors il y a eu un grand changement. Un : j'ai prié dans une église, j'ai assisté à des messes, j'ai hallucinée, (rires) j'avoue. (rires) J'ai causé aux saints, mais non pas comme je leur causais déjà d'habitude. Moi je leur disais que "merci". J'allais les saluer, j'allais leur dire bonjour, je les remerciais tout le temps... je leur disais : "Tiens salut, ça va saint Roc ? "

Alors, je m'amusais toujours des petites plaisanteries et des choses comme ça. Mais... je les remerciais, c'est tout. Je ne leur demandais rien pour moi. Et là, j'ai appris après le baptême, pour remercier ma marraine quand même, qui m'a dit :" Va causer à saint Joseph..." Du coup, j'ai été voir saint Joseph... Je lui ai dit : que j'avais des petits soucis. Puis surtout je l'ai remercié de m'écouter.

Moi qui étais sans-abri, j'ai été logée... Assez rapide en plus la réponse. Concrètement, j'ai fait un DALO, un droit opposable au logement. J'ai eu une réponse un mois après et elle était positive. Normalement, le DALO, quand on en fait un, eh bien... c'est plutôt six mois d'attente pour la réponse. En général c'est négatif, la réponse.

Je ne peux pas me plaindre : j'ai un petit logement, j'ai eu plein d'aide sur le chemin, mais vraiment énormément ; de plein de gens ! parce que tout simplement j'ai osé dire : là je suis vraiment fatiguée, je cherche vraiment du travail ou je cherche vraiment ceci, ou je cherche vraiment cela. Et du coup les gens, m'ont dit : bah va voir Monsieur Untel peut être qui va t'aider... de suivre ces indications, ça m'a permis de m'en sortir. Alors qu'avant je pensais que les choses on les faisait seule. Je ne savais pas faire les choses avec les autres. J'apprends... Ne serait-ce qu'à te causer !

Mon chemin aujourd'hui, c'est plutôt : " Ouf, enfin un peu de paix !". Oh, ça fait presque dix ans ! Il y a des choses qui m'échappent... heureusement. Le baptême m'a soulagée. Ça me permet tout simplement de croire que, un, tout simplement, un : jamais plus je ne pourrais atteindre les degrés d'horreur que j'ai pu voir, de ma propre personne... ne pas me laisser submerger par le mal, à ce point. Ça me rassure. Ça m'a vraiment éclairci beaucoup de choses, le baptême. Je peux nommer la douleur alors qu'avant j'en étais incapable. Avant je ne pouvais pas dire "j'ai mal" ou "j'ai de la peine ou de la souffrance"... dire pourquoi et comment, poser des questions aux gens et non pas leur arriver dessus et dire : 'ouais, qu'est-ce que tu fais ?"... Je ne sais pas, être agressive quoi.

Aujourd'hui, j'apprends à être douce avec moi et douce avec les autres surtout... parce que, ils sont fragiles. Je suis quelqu'un de sensible, mais les autres aussi ! (Rires).

J'ai tout à apprendre. 27 ans, de rue, c'est 27 ans où je n'ai pas fait attention aux autres. Je n'ai pas eu a me soucier de Pierre Paul, Jacques, Guillaume, parce que Pierre, Paul, Jacques, Guillaume ne faisaient que passer ! Je leur disais bonjour, salut, tchao. Donc c'est facile de pas trop faire mal. Mais quand on est au quotidien avec les gens et qu'on les voit, faut savoir aussi être humble parce que bah on les connaît pas, déjà et d'une : on connaît pas leur parcours. Et même si des fois, il y a un mauvais mot, il n'est pas forcément destiné à soi. Il parle d'autre chose... Faut être assez détaché.

Moi je sais que je suis multi-traumatisée, mais ce n'est pas grave : ça ne me nomme pas, ce n'est pas mon nom. Moi, je suis Hélène. J'ai des amours, j'ai des passions, tendres en plus, pas violente, et j'ai plein d'espoir. Alors des fois, évidemment, je suis comme tout le monde, je baisse les bras, je fais (ouin ouin ouin), je fais mon petit... voilà, et puis ça passe, parce que tout simplement il y a plein de relais. Ben, je ne suis pas seule justement.

J'ai cette foi. Même quand je suis désespérée ou je sais plus, je prends la Bible, je l'ouvre, et forcément je tombe sur ce qu'il faut ! J'ai toujours les mots qui m'apaisent. Et quand ce n'est pas dans un livre, c'est dans un humain... tout simplement ! ... qui appelle, qui passe... ou que je rencontre... et qui me renvoie enfin cette espérance, ce calme ou cette joie, tout simplement, parce que la joie soigne aussi.

Le baptême m'empêche : un, tout simplement de me suicider, m'empêche de tuer l'autre définitivement. Et depuis le Baptême, j'avoue que j'ai beaucoup plus de force alors que j'ai un tempérament quand même fatigué, tatati tatata... Je ne suis pas parfaite quoi !

Si j'attends quelque chose de Jésus ? Nan, je crois qu'il m'a tout donné déjà. Vraiment.

De lui, je n'attends rien. J'attends de moi... de mettre en place plutôt des actions ; de me dire qu'est-ce que je peux faire moi, pour mon prochain ? Alors déjà, faut s'aider soi-même... Je me sens tellement ignorante et... tant mieux ! Parce que ça me laisse une chance de découvrir quelque chose de beau encore sur le chemin.

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