Prions à l'occasion de la visite du pape Léon XIV en France.
Je me met en présence de Dieu avec l’Église.Je prends quelques instants de silence. Je me rends présent à Dieu, tel que je suis.
Je prends conscience aujourd'hui que je ne prie pas seul. Je prie comme membre d’un peuple. Et je peux imaginer l’Église en France qui s’apprête à accueillir le successeur de Pierre : les chrétiens pratiquants ou éloignés, les catéchumènes, les prêtres, les évêques, mais aussi les victimes d’abus dans l’Église, les personnes pauvres, les malades, les étrangers, ceux qui espèrent quelque chose de cette visite, ceux qu’elle laisse indifférents.
Et je demande cette grâce, à la manière de saint Ignace :
Seigneur, donne-moi de recevoir cette visite non selon mes préférences, mes craintes ou mes appartenances, mais de sentir avec ton Église et de reconnaître ce que ton Esprit veut lui dire, avec ses joies et ses difficultés, ses blessures et ses espérances.
Nous allons accueillir le successeur de Pierre, celui qui « prime dans la charité ».
Alors je pense à Léon XIV. Je me souviens que depuis le début de son pontificat, il invite l’Église à revenir au Christ et à recevoir à nouveau l’héritage du Concile Vatican II. Il parle souvent d’une « fidélité qui engendre l’avenir ». Je me rappelle aussi la lettre "Dilexi te" qui fut son premier grand texte. Et je mets, avec le pape, au premier plan, l’amour des pauvres : les pauvres ne sont pas seulement ceux que l’Église doit aider, ils ont quelque chose à lui apprendre. Le pape visitera la maison Bakhita qui accueille des réfugiés. Je vois le visage de cela. Je me souviens d’un regard, d’une parole de ces réfugiés, de ces prisonniers, des exclus : l’écoute des pauvres peut devenir un véritable lieu de renouvellement. Je laisse venir un visage : une personne pauvre, malade, victime, un migrant, une personne âgée, isolée, handicapée, quelqu’un que spontanément je ne considère pas comme important.
Seigneur, qui veux-tu placer au centre de mon regard pendant cette visite ? Ce que les médias vont me dire, les détails sans importance, les couacs, ou bien les personnes avec leurs regards, leurs sourires… ?
Alors je peux regarder maintenant l’Église ; non pas l’Église telle que je voudrais qu’elle soit, mais l’Église telle qu’elle est : un peuple de Dieu en marche, avec ses pasteurs et la diversité de ses vocations, de ses charismes et ses fragilités. Saint Ignace de Loyola m’invite à demander la grâce de « sentir avec l’Église » comme il dit : sentir avec l'Église, apprendre à recevoir de l'Église, apprendre à servir avec l'Église. Léon XIV, à la suite du pape François, nous invite à approfondir ce que signifie être une Église synodale : non pas simplement une manière plus organisée, plus participative de vivre dans l’Église, mais une Église où les baptisés apprennent à marcher ensemble, à écouter l’Esprit, à reconnaître la diversité des charismes.
Magnifica Humanitas, l'Encyclique de Léon XIV, le formule avec force : « Tout pouvoir est au service de la communion et de la mission. Toute autorité est au service du peuple de Dieu. » le pouvoir peut chercher à posséder, contrôler, préserver sa place. L’autorité, elle, aide l’autre à grandir. Je peux alors demander une grâce plus exigeante, celle de purifier ma manière de vivre les relations de pouvoir.
Et puis, je laisse résonner la devise choisie pour cette visite de Léon XIV : « Pour que le monde ait la Vie. »
Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus dit : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie » (Jn 6,51).
Je m’arrête sur ce mot : le monde. Jésus ne vient pas seulement pour quelques-uns, pour ceux qui le connaissent déjà ou qui se rassemblent en son nom. Il donne sa vie pour le monde entier, pour ce monde que Dieu aime avec ses beautés, ses blessures, ses attentes, ses pauvretés, ses divisions.
L’Église ne peut donc pas rester dans l’entre-soi. Je peux regarder ma propre vie : mon travail, mon quartier, mes engagements, la vie associative, culturelle ou politique, les personnes fragiles que je rencontre, les questions qui traversent notre société.
L'Encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, emploie une belle image : « À chacun sa partie du mur. » Personne ne peut tout faire, mais chacun peut prendre sa part pour construire une société plus humaine ; devenir un « bâtisseur de communion ».
Je peux entendre ici la devise de Léon XIV, qu'il a choisi au début de son pontificat, inspirée de saint Augustin : In Illo uno unum, « Dans Celui qui est Unique, nous sommes un ». Notre unité ne consiste pas à penser tous de la même manière. Elle se reçoit du Christ et nous rend capables d’aller vers l’autre, de travailler avec lui, de chercher ensemble le bien commun.
Je termine en parlant simplement Christ, dans un colloque, une conversation simple.
Seigneur Jésus,
ton Église en France va accueillir le successeur de Pierre.
Prépare nos cœurs.
Donne-nous d’écouter avant de commenter,
d’accueillir avant de juger.
Apprends-nous à sentir avec ton Église.
Donne-nous d’entendre la parole des victimes,
d’accueillir les nouveaux croyants,
de regarder les pauvres et les malades,
et de travailler à l’unité et à la paix.
Fais de cette visite
un moment de conversion et d’espérance
pour l’Église en France et pour que le monde ait la vie.
Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen
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