Il y a deux cents ans, sainte Thérèse Couderc et le père Étienne Terme fondaient la congrégation des sœurs du Cénacle. À l'occasion de ce bicentenaire, nous vous proposons de prier avec un trésor reçu par sainte Thérèse Couderc : une manière particulière de regarder nos vies et le monde. La vision forte qu'avait Sainte Thérèse Couderc de la bonté de Dieu lui a aussi permis de mieux comprendre l'humanité — une humanité d'argile et d'or.
En entrant dans ce temps de méditation, je me mets en présence du Seigneur qui est déjà là et m'attend.
Au cours de ce temps, nous sommes invité.e.s à regarder avec le Seigneur une réalité de notre existence : nous sommes des êtres d'argile et d'or. À la fois fragiles et forts, pétris dans l'argile de notre humanité et habités par le souffle de Dieu, sa vie qui se donne sans cesse. Je peux demander au Seigneur la grâce de regarder ma fragilité d'un œil nouveau — et d'y découvrir sa présence transformante.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen
Nous écoutons un passage de la Première lettre aux Corinthiens au chapitre 15 :
L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel.
Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.
Je le déclare, frères : la chair et le sang sont incapables de recevoir en héritage le royaume de Dieu, et ce qui est périssable ne reçoit pas en héritage ce qui est impérissable.
C’est un mystère que je vous annonce : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin d’œil, quand, à la fin, la trompette retentira. Car elle retentira, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous, nous serons transformés.
Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. Et quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ?
Copyright Traduction AELF
« Ce qui vient d'abord, ce n'est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. » Saint Paul ne juge pas — il observe. Être humain, c'est d'abord avoir un corps, des limites, des fragilités. C'est le point de départ, pas un défaut à corriger. Pourtant notre monde peine à l'accepter. Il voudrait nous affranchir de nos limites, nous rendre plus forts, plus performants, invulnérables. Face à cette injonction, nous cherchons parfois à ne pas ressentir nos fragilités —par exemple nous nous noyons dans des distractions sans fin... qui nous laissent un petit goût amer et le sentiment d'avoir perdu notre temps et notre liberté. J’y réfléchis pour moi : en ce moment, où et comment est-ce que je fuis mes fragilités ?
« Pétri d'argile le premier homme vient de la terre » dit Saint Paul... L'argile, cela se casse bien facilement… Peut-être est-ce que j’ai connu des moments où la vie semble exploser en mille morceaux. Avec le travail intérieur, les larmes, les combats pour se relever — et la prise de conscience : seule, je n'y arriverai pas. Je réfléchis à mes propres expériences de cassure. Quelle brisure est encore là, en moi, aujourd'hui ?
Saint Paul dit « Nous serons tous transformés » parce que « cet être périssable que nous sommes [doit revêtir] ce qui est impérissable. » L'argile est une matière extraordinaire : même cassée, même réduite en poussière, elle peut redevenir matière. Même cuite, si elle se casse, la poussière d’argile, mélangée à de l’eau et à de la terre, donnera le grès : une matière plus noble encore. J’y réfléchis pour moi.
« Nous serons à l'image du ciel », cela ne veut pas dire que je serai intacte de toute blessure. Si je regarde le Christ ressuscité, ses stigmates sont encore là, au matin de Pâques . Mais ils ont été transfigurés. Ce qui nous a fait le plus mal, ce qui nous a peut-être éloignés des autres ou rendus méfiants — c'est souvent cela qui devient, un jour, le lieu de notre compassion. C'est dans nos failles que la lumière entre.
J’accueille la présence du Christ au cœur de mon expérience — lui qui « est devenu l'être spirituel qui donne la vie ». Je me tourne vers lui. Je peux lui demander ce que je désire à l’issue de ma méditation. Je peux aussi lui rendre grâce pour la vie qui m'a été donnée.
En guise d’action de grâce, nous écoutons un chant de Christophe Morandeau (écrit pour le Cénacle) : “qu’elle est grande ta bonté, lumineuse, infinie, gravée au fond des coeurs qui se laissent consoler”.