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"Il s'agit de nous mettre à leur écoute"

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Alors que démarre Carême, nous vous proposons de vous joindre à notre parcours de prière, "Je serai avec toi" en partenariat avec le Secours Catholique. Le père François Odinet, aumônier général du Secours Catholique, nous présente la démarche que nous vous invitons à suivre pour ce Carême.

Père François Odinet :

Au long de ce Carême, nous vous proposons de cheminer avec des personnes qui connaissent la précarité, des personnes accompagnées par le Secours Catholique. Et même plus que ça, des personnes qui elles aussi sont engagées au Secours Catholique, engagées avec d'autres. Ce sont ces personnes qui connaissent la précarité qui vont nous apprendre à discerner pendant ces semaines de Carême, comment Dieu est avec nous, comment Dieu est à nos côtés, puisqu'il a promis qu'il se tiendrait avec nous :"Je serai avec toi". Ce sont elles qui vont nous montrer comment Dieu est fidèle à Sa promesse. Comment est ce que nous pouvons Le voir présent.

- D'habitude, dans l'Église, quand nous parlons des personnes en précarité., c'est plutôt pour appeler à la solidarité ou à la mobilisation. Et bien sûr, c'est quelque chose d'essentiel parce que, en effet, cette solidarité avec des personnes précaires, cette solidarité avec des personnes qui vivent des galères, elle est essentielle dans la vie de notre Église.

Mais en même temps, il s'agit ici d'autre chose. Il s'agit de nous mettre à leur écoute avec attention, avec patience. Nous pouvons apprendre d'elles. Nous pouvons apprendre de ce qu'elles savent de notre monde, apprendre de ce qu'elles savent de notre humanité, apprendre même de leur vie spirituelle, de leur prière et de ce qu'elles savent de Dieu. Voilà ce qui nous est proposé pour ce chemin de Carême : Apprendre à l'école de personnes qui connaissent la galère, la précarité.

En plus, prendre au sérieux leur voix, prendre au sérieux leur expérience et leur vie spirituelle, ça fait vraiment partie de la lutte contre la misère. Parce que les personnes précarisées sont souvent discréditées. On ne prête pas attention à leur expérience, à leur subjectivité, à leur intériorité. C'est vrai, malheureusement, même dans l'Église où leur vie de prière, leur spiritualité, est souvent très ignorée.

- Alors, en nous mettant à leur écoute, semaine après semaine, nous pourrons entendre des témoignages divers. Dans ces témoignages, ces personnes, Hélène, Thaddée, Coco et d'autres, nous raconteront comment elles voient que Dieu a été présent à leurs côtés. Mais plus précisément, souvent, elles nous diront comment elles se rendent compte que Dieu a agi pour elles, que Dieu les a soutenues et parfois de façon très directe.

C'est peut être un langage qui pourra nous surprendre. Il se trouve que pour beaucoup d'entre nous, dans un pays comme la France, lorsque nous rencontrons une épreuve, une difficulté dans la vie, nous avons l'habitude de compter sur un certain nombre de médiations, sur un certain nombre de recours. Nous avons des réseaux de soutien, des personnes sur qui compter... Nous avons accès à un certain nombre de soins et de prestations. Nous pouvons parfois mobiliser un peu d'argent et compter sur le fait que nous serons aidés, etc, etc. Et bien sûr, nous ne voudrions pas utiliser Dieu à la place de tous ces soutiens très humains dont nous avons besoin, parce que c'est ça aussi être humain.

Il se trouve que les personnes en précarité font souvent l'expérience que ces soutiens-là s'effacent, s'effondrent, s'effritent. Elles n'ont pas l'expérience que ces soutiens là marchent, comme pour beaucoup d'autres personnes. Alors souvent, elles s'en rapportent à Dieu en premier, elles appellent Dieu en premier. Et elles ont conscience que s'il y a un soutien sur lequel elles peuvent compter, c'est d'abord celui de Dieu. Et que s'il y a d'autres soutiens humains qui demeurent, c'est largement grâce à Dieu, parce qu'elles ont une expérience très aiguë de la précarité de ce qui nous semble habituel. Elles ont une expérience très aiguë que ce qui nous semble naturel ne l'est pas tant que ça. Alors nous pourrons être étonné d'entendre qu'elles attribuent à Dieu un fait, un miracle, ou qu'elles parlent avec force de la manière dont Dieu a exaucé leur prière.

- Pourtant, dans leurs paroles, il n'y a rien de naïf, il n'y a rien de providentialiste. Elles comptent sur Dieu, ça c'est sûr. Elles comptent sur Dieu, mais sans oublier les médiations que Dieu met en place. Elles comptent sur Dieu. Elles disent que Dieu met de la force dans leur cœur et elles ont confiance que cette force peut rejaillir même dans leur corps, jusqu'à les soutenir, les fortifier dans les temps de maladie ou de galère.

Elles comptent sur Dieu, mais elles savent aussi que souvent Dieu met sur leur chemin des personnes, voire même des institutions qui pourront les aider, sur qui elles pourront compter. Nous allons apprendre à leur école que c'est à travers tous ces moyens-là, à travers tous ces chemins parfois étonnants, parfois même tortueux, que l'action, la présence de Dieu peuvent se révéler.

- Pendant ce Carême donc, nous allons avancer avec des personnes qui vivent de très près le mystère de Pâques. Nous savons bien que si le Carême existe, c'est d'abord pour nous préparer à ce mystère, à cette célébration de la mort et de la Résurrection du Christ, pas simplement pour la célébrer dans des liturgies essentielles, mais aussi pour y entrer avec tout ce que nous sommes, pour vivre la Pâque avec le Christ dans tout notre être, dans toutes nos relations.

Les personnes que nous allons écouter, elles sont confrontées à la mort bien plus que la plupart d'entre nous. Elles sont confrontées à la mort sociale, à des formes d'exclusion, d'écarts, de mépris qui plongent dans la nuit dans une forme très proche de la mort. Et dans de nombreux cas aussi, elles sont confrontées à la mort tout court, à travers des expériences de maladie, à travers des expériences de grande violence, à travers aussi des chemins d'exil qui parfois les ont mis en grand danger.

Et pourtant, ce que nous allons entendre, c'est que ces personnes-là, ce sont elles qui nous transmettent un message d'espérance. Ce sont elles qui nous apprennent à discerner comment Dieu se tient avec nous, comment Dieu est fidèle à sa promesse.

Mettons nous donc à leur école pendant ces semaines de Carême ; nous pourrons apprendre à prier en nous confiant vraiment à Dieu. Peut être que nous avons l'habitude de dire cette phrase: " Nous confier à Dieu, compter sur le Christ". Ici, nous allons sans doute apprendre à quel point ces mots sont vrais, à une profondeur que nous n'avions peut être pas imaginé. A leur école, nous pourrons aussi faire un exercice de discernement pendant ces semaines de Carême :

Comment est ce que Dieu est avec nous ?
Où est ce que Dieu est avec nous
À travers qui est ce que Dieu se rend présent à nos côtés aujourd'hui ?

Leur Parole, leur témoignage pourront nous apprendre à discerner, à chercher à regarder, à regarder autrement. Peut-être aussi que nous apprendrons au fil de ce Carême que si Dieu est avec nous, c'est d'abord, en premier, à travers les personnes que nous avons tendance à oublier.

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