Dans la continuité de notre parcours de Carême, "Je serai avec toi", le Père François Odinet, aumônier du Secours Catholique, nous propose un exercice guidé qui s'appuie sur la mort et la Résurrection de Jésus ainsi que sur l'ensemble des témoignages proposés au cours de ce Carême ; à retrouver sur l'application ou le site internet Prie en Chemin.
Père François Odinet :
Si le temps du Carême existe, c’est pour nous préparer à célébrer la Passion et la Résurrection du Christ : le temps du Carême nous emmène vers la célébration du cœur de notre foi chrétienne. Le pari du parcours que nous vous avons proposé pendant ce Carême, c’est que les voix des personnes précarisées ne nous éloignent pas du cœur de la foi, ce n’est pas un à-côté de la foi, qui inviterait simplement à quelques actes de solidarité de temps en temps. Le pari de ce parcours, c’est que les voix des personnes que nous avons entendus, Coco, Hélène, Marie-Jeanne, Thaddée et les autres, ces voix donnent un éclairage décisif à ce que nous célébrons dans la grande semaine, dans la semaine Sainte. Ces témoignages nous ramènent au sens même du mystère pascal, un sens que nous pourrions oublier si nous restions loin de ces personnes les plus précaires. Nous pourrions célébrer des rites qui sont beaux mais en oubliant leur sens profond le plus profond, leur sens de salut.
Les témoins nous ont fait entendre la fidélité de Dieu au cœur des galères, ils nous ont fait entendre la fidélité de Dieu exactement au moment où cette fidélité paraît remise en question. Ils nous ont dit que souvent, cette fidélité passait par d’autres personnes humaines, des personnes qu’ont pourraient dire “envoyées par Dieu”, peut-être même des messagers de Dieu ; cette fidélité de Dieu passe par des relations qui ne lâchent pas ; cette fidélité de Dieu aussi parfois passe par des rencontres providentielles. En célébrant la Passion du Christ, comme nous le faisons dans cette semaine Sainte, nous voyons que Jésus est peu à peu abandonné par beaucoup, jusqu’au moment où résonne son cri d’angoisse, ce cri impressionnant : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Au coeur de sa Passion, alors qu’il est laissé très seul, Jésus pose la question de la fidélité même de Dieu, en citant un psaume.
Et nous, dans cette Semaine sainte, comment allons-nous célébrer la fidélité de Dieu ? Qu’est-ce qu’elle veut dire pour nous vraiment ? Qui est pour nous témoin de cette fidélité de Dieu ?
(1 minute de silence)
Il est vrai que Jésus a vécu un abandon, mais sa Passion nous montre que lui n'a pas abandonné les plus pauvres, au contraire. Jusqu’au bout, jusqu’au bout du bout, il est fidèle aux plus pauvres ; Jésus a été arrêté et jugé à cause de cela, parce que son ministère renversait le monde tel que nous l’organisons : les derniers devenaient premiers, les premiers devenaient derniers… y compris d’ailleurs les premiers en matière religieuse ! Voilà qui a semblé menaçant à beaucoup au point qu’il leur semblait nécessaire d’éliminer cet homme. Après la Résurrection, l’apôtre Paul a annoncé une sagesse de la Croix qui renverse toute sagesse humaine. Précisément, en étant crucifié, Jésus est passé d’un côté du monde, le côté de ceux qui sont écrasés par le poids de ce monde, le côté du monde où se trouve les plus précaires, ceux qui sont au bord du monde. La crucifixion de Jésus l’a mis aux marges, au bord de notre monde. Alors les témoignages que nous avons entendus pendant ce Carême et plus largement les voix des personnes précarisées nous montre l’actualité de la Passion de Jésus, nous montre la présence de sa croix aujourd’hui très concrètement dans notre société, pour notre l’Église.
Alors pour nous, qu’est-ce que change la croix du Christ ? Est-ce que nous voyons ceux qui sont crucifiés autour de nous ? Comment est-ce que leur présence interpelle, travaille notre foi et notre espérance ?
(1 minute de silence)
Nous savons que la Résurrection de Jésus a produit le rassemblement de ses disciples, eux qui avaient été dispersés à la croix, eux qui pour beaucoup l’avaient abandonné, ils ont été illuminés pas une nouvelle espérance en Dieu. Ils ont découvert, par l’annonce de la Résurrection, que oui, vraiment, Dieu se rend présent au milieu de notre histoire, dans laquelle il y a tant d’injustices ou de violences : oui, Dieu qui a ressuscité son fils crucifié, Dieu se rend présent dans notre histoire : il est là. Cela a conduit les disciples à des manières nouvelles d’habiter le monde : par exemple ils ont inventés des pratiques audacieuses de partage des biens dans les premières communautés chrétiennes. C’était une manière de traduire en acte cette nouvelle espérance de la proximité de Dieu, cette nouvelle fraternité que la mort et la Résurrection de Jésus tissaient entre nous. Aujourd’hui encore, les plus précaires nous montre comment la Résurrection nous rejoint, comment la Résurrection nous transforme, et en les rencontrant, nous découvrons de nouveaux liens qui se tissent, de nouvelles manières de nous soutenir, d’accueillir la vie que Dieu donne, d’accompagner l’agir de Dieu qui donne la vie et qui nous relève. Ainsi déjà, avec eux, nous faisons l’expérience de la Résurrection qui travaille l’histoire, notre histoire.
Et nous, comment est-ce que nous voyons cette Résurrection qui sera annoncée dans la semaine de Pâques ? Est-ce qu’elle seulement un mythe, la promesse d’un bonheur très très lointain ? Ou bien est-ce qu’elle change notre rapport au temps, notre rapport aux autres, notre rapport au monde ?
(1 minute de silence)
Photographie : © Elodie Perriot / Secours Catholique