Dans la continuité de notre parcours de Carême, "Je serai avec toi", le Père François Odinet, aumônier du Secours Catholique, nous propose un exercice guidé qui s'appuie à la fois sur l'Évangile entendu lors de ce troisième dimanche de Carême, ainsi que sur le témoignage de Thaddée ; à retrouver sur l'application ou le site internet Prie en Chemin.
Père François Odinet :
Vous avez entendu le témoignage de Thaddée.
Sa parole peut nous donner des clés de lecture pour interpréter la rencontre entre Jésus et la Samaritaine telle qu'on la trouve dans l'Évangile de Jean. Thaddée insiste beaucoup sur la confiance et il cite en particulier la confiance d'une autre femme de l'Évangile qui n'est pas la Samaritaine, mais cette femme qui a des pertes de sang et qui dépasse sa propre peur, qui dépasse aussi les règles de pureté et d'impureté, pour toucher Jésus.
Jésus, quand il s'en rend compte, atteste que c'est la confiance de cette femme qui l'a sauvée. "Ta foi, ta confiance t'a sauvée. Va en paix". Pour Thaddée, cet épisode là, cette rencontre, c'est le signe que même dans les situations difficiles, même dans des situations écrasantes, on peut faire confiance à Dieu; que la confiance reste possible. D'ailleurs, Thaddée témoigne que Dieu l'a aidé et même il témoigne que Dieu l'a sauvé lui aussi dans le temps de sa maladie.
De même, nous voyons cette femme de Samarie qui, face à Jésus, vient progressivement à la Foi, à la confiance, grâce à son dialogue avec Jésus. Elle y vient étape par étape... et petit à petit, alors qu'elle était à l'écart de la ville, toute seule, à une heure où elle ne risquait de croiser personne normalement, elle entre dans la confiance à l'égard de cet inconnu et puis finalement dans la confiance à l'égard du Messie.
Et nous, qu'est-ce qui nous a fait venir à la confiance en Dieu ?
Qu'est ce qui aujourd'hui soutient, enracine notre confiance ?
(1 minute de silence)
En même temps, si Thaddée insiste sur la confiance, ça ne veut pas du tout dire qu'il démissionne face aux épreuves qu'il affronte. D'ailleurs, c'est plutôt le contraire des épreuves, il y en a beaucoup dans sa vie, il ne le cache nullement. La confiance, ce n'est pas ce qui évite les épreuves, Ce n'est pas non plus ce qui fait rêver face aux épreuves.
La confiance de Thaddée, c'est ce qui fait que les épreuves deviennent supportables et non pas écrasantes. La confiance, c'est ça qui permet de tenir, d'avancer, de continuer la route, même à travers la galère. Les personnes qui connaissent la précarité savent que la foi, la confiance n'évite pas les épreuves. Elles savent qu'il y en a bien trop. Mais elles savent aussi que la confiance fait traverser, que c'est possible.
Et nous, est ce que nous dirions que la foi est un principe actif dans notre vie, un principe qui fait traverser, une force qui fait traverser ?
Et comment ?
(1 minute de silence)
Enfin, Thaddée raconte qu'il connaît la précarité, la vie difficile, la galère. Mais il insiste sur le fait que lui même est devenu bénévole dans une équipe du Secours catholique à Limoges. Et Thaddée insiste sur son goût pour aider d'autres personnes, pour soutenir d'autres personnes.; et pas seulement son goût, mais aussi sans doute son savoir faire, parce que ces personnes connaissent les mêmes difficultés que lui. Il sait très bien ce qu'elles traversent.
C'est donc une forme de chemin de transformation où son expérience de la galère ne le repli pas sur lui même, mais où il la met au service d'autres personnes, où il la met au service de la vie, du chemin d'autres personnes.
Cette transformation là, cet itinéraire, la Samaritaine l'a vit aussi parce que, au fur et à mesure de sa rencontre avec Jésus, elle passe de : Une femme à l'écart de la ville qui vient chercher de l'eau à l'heure où il n'y a personne à une femme qui va à la rencontre des autres et qui témoigne de sa rencontre avec le Christ auprès de toute la ville, au point que l'évangéliste Jean raconte comment les habitants de cette ville viennent à Jésus. Il arrive comme ça que la galère, l'épreuve, transforme quelque chose en nous, au point de libérer en nous une capacité à aimer, à servir, à faire attention, à nous rendre disponible au point de libérer ce qu'il y a de meilleur en nous.
Ça ne veut pas dire que cette épreuve était bonne en elle-même, loin de là. C'était une galère parfois. Souvent, elle était injuste. Et pourtant, nous témoignons qu'à travers cela, le Christ a pu ouvrir un chemin de vie et de bien. C'est ce que Thaddée raconte en montrant comment il devient un bénévole engagé, un homme au service des autres.
Et nous, si nous faisons mémoire de nos épreuves, est-ce que nous pouvons reconnaître qu'elles ont façonnées quelque chose en nous ?
Est-ce que nous pouvons reconnaître qu'elles ont transformé quelque chose en nous ? Que Dieu, à travers tout cela, a pu créer du bien en nous pour les autres ?
(1 minute de silence)
Photographie : © Elodie Perriot / Secours Catholique