5 bis. La résurrection de Lazare

Exercice guidé du père F. Odinet

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5 bis. La résurrection de Lazare

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Dans la continuité de notre parcours de Carême, "Je serai avec toi", le Père François Odinet, aumônier du Secours Catholique, nous propose un exercice guidé qui s'appuie à la fois sur l'Évangile entendu lors de ce cinquième dimanche de Carême, ainsi que sur le témoignage de Marie-Jeanne ; à retrouver sur l'application ou le site internet Prie en Chemin.

Père François Odinet :

Vous avez entendu le témoignage de Marie-Jeanne.

C’est la voix d’une femme qui a traversé vraiment de grandes souffrances, c’est la voix d’une femme qui a côtoyé la mort de très près. Son témoignage nous renvoie au mystère de Pâques, le centre de notre liturgie et l’aboutissement de tout chemin de Carême. Et en particulier, la voix de Marie-Jeanne nous invite à relire de près un moment où Jésus se confronte à la mort, le moment où son ami Lazare est mort. Jésus s’approche du tombeau, et anticipant déjà le mystère de sa propre résurrection, il rappelle Lazare à la vie. Nous pouvons relire cet Évangile de la résurrection de Lazare à partir du témoignage de Marie-Jeanne.

Marie-Jeanne raconte, et c’est saisissant de l’entendre, qu’elle a échappé à la mort, à deux reprises : elle n’a pas été vue par ceux qui auraient pu la massacrer, par ceux même qui dans son village cherchait la massacrer, en même temps qu’ils tuaient d’autres, à un moment où elle était avec ses enfants et où elle craignait atrocement pour leur vie à eux aussi; et plus tard sur son chemin d’exil, elle est tombée dans l’eau, dans l’océan : elle raconte comment quelqu’un l’a rattrapée par les cheveux de justesse et l’a libérée de l’eau, de la noyade. Dans ces deux moments de confrontation extrême à la souffrance et à la mort, Marie-Jeanne a continué à vivre alors que, elle le raconte, la mort semblait déjà là, la mort semblait déjà avoir gagné, mais elle a continué à vivre. 
Dans l’Évangile de Jean, alors que Jésus est en chemin vers le tombeau de Lazare, nous entendons une insistance sur le fait que Dieu exauce la prière ; c’est l’affirmation de Marthe, la soeur de Lazare qui dit à Jésus : “ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera”, et puis c’est la réponse de Jésus aussi : “si tu crois, tu verras la gloire de Dieu”. 



Et nous, même si nous n’avons pas été confrontés à des moments de la même dureté que ceux dont parlent Marie-Jeanne, et nous, est-ce que nous avons déjà fait cette expérience que la prière nous donne la vie, soit parce qu’elle nous fait traverser l’épreuve jusqu’au salut, soit parce qu’elle nous donne une force intérieure, une force toute particulière ?

(1 minute de silence)

Marie-Jeanne a aussi été confrontée à la mort de ses proches : elle raconte la perte de ses deux garçons dans la guerre ; elle parle aussi de la douloureuse incertitude sur ce qu’est devenu son mari. Est-il mort ? Est-il vivant ? Et pourtant, elle affirme que : « quand elle voit Jésus, elle voit sa famille » : la présence du Christ compte particulièrement ; autour du Christ, il y a quelque chose d’une famille qui s’est reconstituée. Elle affirme aussi : « Je suis seule, je peux compter sur Marie. » ; Marie, une mère qui elle aussi a expérimenté la violence, qui elle aussi a dû s’appuyer sur sa foi en Dieu pour faire face à la mort qui s’approchait de si près. 


La protection de la vie de Marie-Jeanne est remise à Dieu, sa vie est remise à Jésus crucifié, sa vie est remise à Marie – et elle s’appuie sur la compassion de Dieu comme sur la compassion très humaine du Christ crucifié et de sa mère. Son témoignage nous rappelle que devant le tombeau de Lazare, Jésus à pleuré au point que tous ont été impressionnés ; et on entend dans l’Évangile de Jean, l’écho de ses personnes qui voient Jésus pleurer et qui disent : « Voyez comme il l’aimait ! ».



Voilà qui interroge notre rapport à l’Eglise : est ce que l’Église est une famille où la vie est transmise – et quelle place est-ce que nous, nous y prenons ? Est-ce que l’Église est une famille où la présence active de Dieu est traduite en actes, en actes qui soutiennent la vie, en actes qui accompagnent et même qui transmettent la vie, et non pas seulement en paroles ?

(1 minute de silence)

Marie-Jeanne parle depuis Mayotte où elle se trouve aujourd’hui et elle raconte sa grande souffrance psychologique, après qu’elle est arrivée à Mayotte, après cette traversée ; un couple engagé au Secours Catholique l’a rencontrée et aidée dans cette période, après une rencontre à la paroisse et ce couple l’a invitée à rejoindre l’équipe du Secours Catholique à Mayotte. Et là, Marie-Jeanne raconte qu’elle commence à rire, à « voir qu’elle est un être humain ». Ce sont ses mots. Autrement dit, elle a trouvé un chemin pour ré-habiter sa propre vie, cette vie qui est bien là, cette vie qui lui est bien donnée, alors même qu’elle a été confrontée à la mort et qu’elle a traversée tellement de violences et tellement d’incertitudes et de peurs ; voilà qui nous rappelle la dernière phrase de Jésus, lors du récit de la résurrection de Lazare, Jésus dit à propos de Lazare :  « Déliez-le, et laissez-le aller. » Jésus, jusqu’au bout, dans ce récit, accomplit une oeuvre de libération et de vie. 



Et nous, avons-nous vécu des rencontres qui nous libérées au point qu’elles nous ont rendu à notre humanité ? Est-ce que nous pouvons dire en vérité que le Christ fait de nous des êtres plus humains, et souvent à travers les frères et les soeurs qu’il nous donne ?

(1 minute de silence)

Photographie : © Elodie Perriot / Secours Catholique

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